Au pays des volcans

Il est là, tout près de nous. A une quarantaine de kilomètres, le cône majestueux du Stromboli sort de la mer. Des trois mille mètres du volcan, seuls les mille derniers émergent de l'eau. Un seul problème, il n'y a pas de port autour de ce cône presque parfait. On ne peut donc pas laisser Valinouk au mouillage pendant que l'on fait l'ascension du volcan. Nous nous embarquons sur une des vedettes qui nous le propose avec des guides. En un peu plus d'une heure de navigation rapide, nous sommes à pied d'œuvre, en bas du volcan.
Le groupe se sépare en deux, ceux qui grimpent au sommet et ceux qui restent en bas. Nous sommes une quarantaine à monter avec deux guides. Nous commençons par traverser la zone d'habitation jusqu'à l'arête que nous allons escalader. La petite colonne se forme avec un guide en tête et l'autre en serre-file. Ils communiquent par VHF. L'ascension commence, nous faisons de fréquents arrêts pour permettre aux moins lestes de ne pas être distancés. Première vue sur la sciara del fuoco, pente rectiligne depuis le cratère jusqu'à la mer. Les scories incandescentes s'y déversent directement, ça fume de partout.

Premier grondement du volcan, frémissements dans le groupe. Au détour d'un lacet, nous avons droit à une éruption sur un fond de ciel encore bleu, bien que le soleil soit couché depuis un moment. Le Stromboli est un volcan du type…strombolien ! C'est à dire qu'il crache de la lave régulièrement avec des petites explosions. Il y a environ trois explosions par heure. Il y a cependant eu deux explosions majeures dans les 6 derniers mois qui ont projeté des blocs de lave bien au-delà de la sciara del fuoco. Lorenzo nous montre des blocs près du chemin qui n'étaient pas là il y a trois mois, d'où le port du casque. L'ascension est sûre à 99%, nous avait-il dit en préambule.

Nous approchons du sommet. Les explosions se succèdent régulièrement. Avec la lumière qui décline, c'est de plus en plus spectaculaire, des gerbes de feu sortent d'une des trois bouches actives avec un grondement sourd. Nous voyons les blocs de lave dévaler leur toboggan géant (descendu une fois à ski par des Français fous furieux !).

Nous y sommes, la nuit est complètement tombée. Le sommet, bord d'un ancien cratère, constitue un excellent balcon sur les trois bouches en activité situées en contrebas. En dégustant nos sandwiches nous attendons les explosions qui soulèvent à chaque fois des cris d'admiration. Mieux qu'un feu d'artifice, c'est le 14 juillet tous les jours, mais un peu plus compliqué pour y assister.
Après un dernier jaillissement de lave particulièrement réussi, nous prenons le chemin de la descente. Les guides nous emmènent par une coulée de cendres (froides) qui nous fait dégringoler la pente à grandes enjambées, comme si on descendait une dune de sable. Une file de petites loupiotes descend à la queue leu leu dans le noir, c'est assez rigolo. Le bateau est à l'heure pour venir nous reprendre au quai, mais la mer s'est levée et il lui est impossible d'accoster ici. Le guide nous emmène à 10 minutes de là sur une plage où les vagues déferlent bien quand même. Et là, cette grosse vedette de 30 m vient tout simplement s'échouer sur le sable noir. La passerelle avant est dépliée, nous montons rapidement entre les rouleaux et avec ses puissants moteurs, elle repart sans difficulté. Dernier passage au pied des bouches de feu. Nous avons encore droit à deux gerbes incandescentes. Retour au port à 1 h du matin, des images enflammées plein les yeux.
Après une journée de repos, nous nous extrayons Valinouk du port de Pignataro (il y avait 6 bateaux à couple du nôtre) et faisons le court trajet jusqu'à une anse abritée de l'île Vulcano. Un isthme étroit relie Vulcano et Vulcanello, petit cône auxiliaire du volcan. De chaque côté, une anse. Il suffit de choisir la bonne en fonction du vent. Nous débarquons sur la plage de sable noir. L'odeur d'hydrogène sulfureux est forte. Elle provient d'une multitude de petits évents à fleur de sable ou dans l'eau qui dégagent une vapeur chaude et nauséabonde. Les bains de boue sont recommandés pour les maladie de peau.
Vulcano n'est pas aussi haut que le Stromboli. Le sommet est à 300 m au-dessus de la mer. Un sentier monte en lacets dans les cendres froides d'abord, puis dans une sorte d'argile ravinée par les pluies. Ici, pas besoin de casque. Vulcano a une activité fumerolienne importante, mais ne crache pas de lave. Quand il explose, c'est tout le volcan qui vole en éclats, le casque ne servirait à rien ! La dernière éruption date de la fin du 19ème. La végétation sur le flanc du cratère est maigre. Un deuxième cratère plus ancien et totalement recouvert de végétation nous encercle. Le volcan devait être beaucoup plus grand à cette époque.
Arrivé en haut, le chemin continue pour faire le tour de cette immense cratère. En bas, le bouchon de lave solidifié tout plat maintient fermé le couvercle de la marmite jusqu'à… la prochaine fois. Sur le côté Nord de la lèvre du volcan, les fumerolles sont impressionnantes et le chemin les traverse. La vapeur sort du sol par des petits trous, ou des fissures. Ça fait vraiment un bruit de cocotte-minute. Tout autour de l'orifice, le soufre se cristallise en minuscules aiguilles jaunes. A certains endroits, il faut passer en apnée pour ne pas être suffoqué. Heureusement qu'un peu de vent renouvelle l'air dans le secteur.
Après avoir bouclé le tour du cratère, nous prenons le chemin qui descend sur le bouchon de lave. C'est vraiment une énorme dalle horizontale, toute lisse, si ce n'est les inscriptions géantes que certains visiteurs ont faites avec des blocs de lave.

Sur un côté, les fumerolles s'en donnent à cœur joie. Ça crache de partout en sifflant. Dans les plus gros évents, le débit est vraiment impressionnant. Ce sont de vrais stalactites de soufre qui se forment. Après avoir contemplé à satiété Vulcano et ses fumerolles, nous reprenons le chemin de la descente. Nous passerons une nuit tranquille au pied de cette réserve de puissance assoupie… provisoirement.

Reggio Calabria le 11/4/02