Année 2000. Journal au fil de l'eau

En complément des photos, qui sont des petits flashs sur des temps forts ou des paysages qui nous ont particulièrement plu, voici un bref résumé de notre vie mois par mois depuis le départ. Nous continuerons à l'enrichir si ça vous plait. Nous attendons vos réactions.

Août
Après la traversée tranquille du golfe de Gascogne, nous arrivons en Galice. Nous aimons bien cette région d'Espagne, c'est la quatrième fois que nous y venons. Nous découvrons de nouveaux endroits et nous allons en revoir d'autres avec plaisir, comme les fabuleuses cascades d'Ezaro. Nous retrouvons aussi Siro, que nous avions rencontré il y a quatre ans. Nous passons plusieurs jours avec lui et sa famille lors d'une rencontre de kayaks de mer (c'est un passionné de ce sport).

Le vent du Nord est dominant en cette saison, nous avançons vite avec des vents portants. Les maquereaux se ruent sur la traîne dès que je la mets à l'eau.

A la mi-août, nous entrons dans le rio Miño qui fait office de frontière avec le Portugal. Le temps est musclé et il y a une barre à l'entrée, comme sensations, c'est autre chose que le grand huit de la foire du trône…

A Viana de Castello, nous tombons pile sur les trois jours de la grande fête locale. Comme les mouillages forains sont rares au Portugal, on se retrouve dans les ports et on rencontre davantage de navigateurs. Il y a encore quelques vacanciers, mais la plupart sont, comme nous, des navigateurs permanents. Par contre, la majorité vise les Antilles. Quand on leur dit qu'on va en Méditerranée, ils nous prennent pour des farfelus.

Porto nous enchante en attendant que le vent se remette à souffler du Nord. Escales à Peniche, Cascais (d'où nous allons visiter Lisboa en train), Sesimbra et le superbe rio de Milfontes, pas praticable par mauvais temps, mais cette dernière escale sur la côte Ouest du Portugal est la plus belle.

Septembre
En contournant le cabo San Vincente qui marque le coin S.O. du pays, tout change : le rocher, le paysage, les maisons blanchies à la chaux et soulignées de touches de couleurs, le temps, la température de l'eau qui remonte en flèche ; tout cela fait très méditerranéen bien que nous soyons encore sur l'Atlantique.

Petite halte dans deux très belles lagunes : Alvor et surtout Faro. Nous n'avons pas encore pris le rythme de notre nouvelle vie, nous ne sommes restés que quatre jours sur l'île de Culatra. Sans y rester plusieurs années comme certains, l'endroit méritait mieux, mea culpa.

Premiers thons pêchés à la traîne. Remontée du rio Guadiana (l'autre frontière avec l'Espagne) sur 40 km. Cette navigation fluviale est très agréable, d'autant que dans les deux sens, nous avons bénéficié des vents et de la marée favorables. Des petits villages paisibles bordent la rivière comme Alcoutim.

Retour en Espagne : Cadiz où nous restons trois jours à flâner dans les vieilles rues, Barbate, trois jours également, mais pour cause de vents contraires, car la ville est sans intérêt. Une très belle balade le long des falaises qui vont jusqu'au cap Trafalgar. Les rencontres avec les autres navigateurs s'égrènent au fil des ports. La plupart ont opté pour la messagerie Internet. Nous pouvons ainsi garder facilement le contact.

Dernière étape atlantique, nous arrivons à Gibraltar.

Octobre
Ce rocher, quel spectacle ! La ville n'est pas folichonne, mais l'ascension de la plus célèbre des colonnes d'Hercule en téléphérique vaut le déplacement. Pas besoin de cours d'histoire pour comprendre pourquoi ce site a été aussi fortement convoité depuis des siècles. Que de batailles ici ! Tous les monuments importants sont militaires. Turcs, Arabes, Anglais, Espagnols, Français, pirates, tout le monde s'est joyeusement étripé pour occuper ce bout de rocher inculte, mais au combien stratégique.

Bloqués ici dans l'attente d'un nouveau moteur pour notre pilote automatique, nous traversons le détroit et passons quelques jours à Ceuta, enclave espagnole au Maroc. C'est là que nous faisons la connaissance de Jerry, l'Australien et Manuela, la Suissesse, avec leurs deux enfants sur leur catamaran Pagan.

Une journée (folle) en territoire marocain et retour à Gibraltar pour récupérer le moteur. Le long de la côte andalouse, nous avons aimé nos incursions en bus à l'intérieur des terres : Ronda et Grenade avec la visite de l'extraordinaire Alhambra. Un beau mouillage forain à Puerto Genoves et nous terminons en beauté à Calpe au pied d'un rocher en forme de pain de sucre : el Peñon de Ifach, qui domine le port du haut de ses 350 m. Nous prenons le sentier qui monte jusqu'au sommet dès notre arrivée, bien nous en prend, car nous subissons les deux jours suivants une pluie diluvienne (11 morts dans la région, suite aux coulées de boues).

Le lendemain de cette catastrophe locale, le vent est favorable et nous avalons les 63 milles qui nous séparent d'Espalmador aux Baléares, à 8 nœuds de moyenne. Mouillage superbe dans une crique bordée de sable rosi par les débris de coquillages. Promenade à pied, visite de Formentera en vélo et nous arrivons à Ibiza. Nous retrouvons cette île dont nous avions fait le tour il y a presque 20 ans avec notre petit bateau de l'époque. Nous ne restons que quelques jours sur Ibiza et nous enchaînons avec une traversée un peu musclée vers Mallorca

Novembre
Après deux belles escales dans les calas de la côte Sud, nous arrivons à Porto Colom, bon abri, mais par coup de vent du S.O, il y a de la houle qui rentre quand même. Sur un catamaran, ça va, mais les monocoques roulent pas mal, car la houle, en contournant l'entrée arrive par leur travers. Deux jours de tempête pour commencer, c'était juste pour nous prouver que nous pouvions laisser le bateau en sécurité ici pendant notre premier retour en France.

Du 15 novembre au 15 décembre, nous laissons Valinouk dans son abri pour aller prendre des nouvelles des terriens.

Décembre
Pas de mauvaise surprise au retour, tout est en ordre. Le temps d'installer les panneaux solaires ramenés dans nos bagages, nous recevons la visite de notre deuxième fils et de son amie : Mickaël et Florence débarquent à Palma.

Pendant leurs trois semaines à bord, ils ont prévu de prendre une montagne de photos pour raconter une histoire de " petits hommes ". Ils prennent des photos de paysage en macro, prennent ensuite les personnages réels, et, plus tard, par manipulation informatique, incorporent les personnages dans les micro-paysages. Comme le diaporama sera sonorisé, il y a également des enregistrements à faire. Ils ont un peu de mal à démarrer leur histoire, mais petit à petit le scénario se construit et nous adapterons nos déplacements au rythme des photos (et de la météo, car c'est l'hiver !).

Notre fils aîné Alexis nous rejoint avant Noël et nous faisons un pique-nique sur la plage ce jour là. Le 31 décembre à minuit, nous sommes sur la place de Pollença, comme tout le village, et nous mangeons un grain de raisin à chaque coup de la cloche de l'église, cela porte chance !