2ème semestre 2001

Juillet
Nous retrouvons l'été en Tunisie après le temps froid et humide qui a régné en France la première quinzaine de juillet.

Première opération, le carénage du bateau. La coque est vraiment recouverte d'algues suite à un mauvais choix d'antifouling (cher en plus) avant de partir l'année dernière. L'antifouling tunisien est bon marché et, paraît-il, trois fois plus efficace. Le gros travelift du port de pêche sort Valinouk sans problème. Le nettoyage de la coque n'est pas une mince affaire. Malgré l'aide de Jamel et de son nettoyeur haute pression, je finis la journée sur les rotules. Retour au port de plaisance le lendemain midi avec deux belles coques rouges. Nous reprenons notre navigation. Quel plaisir de glisser sur l'eau avec des coques bien propres !

Première étape dans un port de pêche à l'entrée de la baie de Tunis. Superbe ballade à pied sur la crête du cap Farina.

Deuxième étape à Sidi Bou Saïd qui est le port de plaisance de Tunis. Nous prenons la dernière place libre. Visite de ce village perché très touristique, mais au charme indéniable. Le lendemain, nous prenons le train de banlieue local pour aller visiter la médina de Tunis. Nous passons la journée à déambuler dans les souks et à visiter quelques beaux monuments de l'époque turque.

Dernière étape, pour le mois, à Sidi Daoud, petit port de pêche peu visité par les plaisanciers. Nous y sommes si bien accueillis que nous y resterons 7 jours.

Sidi Daoud est le premier endroit, depuis que nous sommes partis, où nous avons autant de contacts simples et amicaux avec les habitants. Il a fallu conjuguer la gentillesse des Tunisiens et l'escale dans un lieu peu fréquenté pour y arriver.

Août
Avec deux jeunes amis Tunisiens, nous allons visiter Korbous, une station thermale où il y a sept sources d'eau chaude. Hammam obligatoire ! L'une des sources se déverse directement dans la mer où un magma humain fait trempette dans ce mélange d'eau chaude sulfureuse et d'eau de mer.

Après une dernière petite fête à bord, nous quittons Sidi Daoud et contournons le cap Bon pour attaquer la côte Est de la Tunisie. Nous continuons à privilégier les petits ports de pêche, mais nous n'avons pas toujours le choix. Cette partie de la Tunisie comporte beaucoup moins d'abris naturels, ça n'est presque qu'une immense plage interrompue de temps en temps par un promontoire rocheux.

A Nabeul, nous louons une voiture pour aller chercher ma nièce et son copain à Tunis. Le lendemain, nous profitons du véhicule pour faire une petite excursion dans l'intérieur. Les ruines romaines d'Uthina sont passionnantes, mais avec la chaleur, dans un paysage sans arbre, c'est vraiment éprouvant. A Zaghouane, nous visitons un autre temple romain dans un cadre un peu plus ombragé, c'est mieux.

Avec nos invités, nous continuons notre descente vers le Sud : Hammamet, Hergla, petit port de pêche hors des circuits touristiques, Sousse et Monastir. Découvertes des médinas, des souks, des hammams et de l'atmosphère si dépaysante des villes arabes pour Emmanuelle et Fabrice.

Après leur départ, nous restons encore un peu à Monastir pour faire réparer le spi et profiter de la compagnie d'autres navigateurs sympathiques.

Petite escapade à l'île Kuriat où, suite à une mauvaise manœuvre dans de l'eau peu profonde, je casse une barre, tords la mèche d'un safran et arrache un aileron sous la coque. Retour à Monastir avec un seul safran (même sous spi, ça marche). La réparation est faite en deux jours pour un prix raisonnable.

Au revoir la Tunisie, merci pour l'accueil ! Cap sur l'île Lampeduzza perdue entre Tunisie et Sicile. Navigation express, cent milles en onze heures et nous mouillons dans une eau d'une limpidité merveilleuse. Le lendemain soir, nous partons pour Malte, car il vaut mieux arriver aux heures d'ouverture des bureaux de douane dans cette ancienne colonie anglaise.

Le patrimoine historique de ce petit archipel est très riche. Depuis les temps préhistoriques jusqu'à la dernière guerre mondiale, que de boucheries pour la possession de ce petit bout de terre stratégique ! La Valette, la capitale, n'est que remparts, bastions, fortins édifiés par les Chevaliers de Malte.

Le mélange des différentes cultures qui se sont succédées ici est étonnant. L'Anglais et le Maltais (langue arabe écrite avec nos caractères) sont les deux langues officielles. La religion catholique est omniprésente. Il y a des églises à profusion (baroques) et des inscriptions religieuses sur les murs des maisons, dans les cars : "we trust in god", "god bless the sea"...). Malgré tout, nous ne repartirons pas enthousiasmés par cette étape trop citadine à notre goût et où il manque la gentillesse des Tunisiens.

Petite traversée très calme vers la Sicile. A Syracuse et à Taormina, nous nous régalons à visiter les ruines gréco-romaines. L'Etna nous domine de ses 2800 m et nous donne bien des envies, mais nous sommes un peu pressés par le temps, ce sera pour plus tard.

Septembre

De Taormina, nous prenons le détroit de Messine entre Sicile et Italie et nous arrivons à Vibo Valentia où Valinouk va rester tout l'hiver. Nous y retrouvons Wim et Marjon, un couple de Hollandais qui ont un grand catamaran, ils étaient aussi à Pollenca (Mallorca) l'hiver dernier.

Je fais une escale d'une semaine en France (il faut bien travailler un peu de temps en temps). Marilau reste au bateau pour commencer à le préparer pour l'hiver, car nous allons le quitter pour un bon moment.

Quelques jours plus tard nous prenons le train pour Bâle en Italie où nous rejoignons Jerry et Manuela. Nous dormons chez Alexis, les deux villes sont toutes proches. A partir de là, nous allons faire continent à part pour deux mois avec Marilau, puisque je m'embarque avec Jerry pour Mombasa au Kenya, tandis que Marilau va rester en France.

Nous avons rencontré Jerry et Manuela l'année dernière à Ceuta, enclave espagnole au Maroc. Ils naviguent sur un catamaran, mais leur ancien bateau est resté au Kenya, nous allons le ramener en Méditerranée par la Mer Rouge.

Première rencontre pour moi avec l'Afrique noire. Pendant une semaine, à Kilifi, petite bourgade en bord de mer au Nord de Mombasa, nous allons remettre le bateau en état après 1 an 1/2 d'attente. Il était sous la garde d'un couple d'Anglais, Daphne et Tony, installés au Kenya depuis 40 ans, qui s'occupent des bateaux de passage.

Il y avait là deux bateaux Australiens, un Américain, un Néo-zélandais, un Anglais, un Irlandais et un bateau battant pavillon de Honk-Hong (lui est Français, elle est Anglaise). Tous les soirs le petit groupe se retrouvait autour de la piscine de Daphne et Tony en sirotant sa boisson favorite et en échangeant les potins du jour.

Le climat est parfait, dans les 30°C le jour et 25°C la nuit, l'eau est également à 30°C. Un petit grain de temps en temps, mais pas méchant.

Dernier jour du mois, nous faisons un petit tour de la baie à la voile pour voir si tout va bien de ce côté là. Cela ennuie beaucoup deux chauves-souris qui avaient trouvé une bonne planque dans les replis de la voile.

Demain, c'est le départ : cap sur Aden au Yémen à 1600 milles. On table sur deux semaines.

Octobre

Après les dernières courses et les adieux, cap au Nord. Le vent et le courant nous sont favorables. Tout irait pour le mieux si le pilote automatique acceptait de fonctionner correctement plus de 20 secondes d'affilée. Bon, notre première étape est à 100 milles, on verra ça là-bas.

Lamu est petite bourgade au milieu d'une immense lagune. Pas de voitures, tout se transporte à dos d'âne, en bateau, ou à pied. J'ai beaucoup aimé cet endroit paisible. Nous y sommes restés 24 h mais il mérite un mois d'escale !

Le pilote est réparé, c'est un électro-aimant qui est mort, on le remplace par deux petites cordelettes pour engager ou désengager les pignons. Après un départ en catastrophe pour contourner le récif avant la nuit, nous voilà partis pour Aden, à 1600 milles.

La vie s'organise à bord. Je découvre l'intérêt des émetteurs radio. Tous les jours nous entrons en contact avec d'autres bateaux qui font la même route que nous ou qui descendent vers l'Afrique du Sud. L'heure de la vacation est sacrée.

Vent arrière en monocoque, ça roule beaucoup. La moindre petite tâche demande beaucoup d'efforts. Il faut réfléchir à tous ses gestes, ne jamais abandonner un objet sans le caler, sinon, il valse dans la minute qui suit.

Au bout du troisième jour, la drisse de grand-voile casse. Trois heures de boulot pour en gréer une nouvelle. Je hisse Jerry en haut du mât dans une chaise de calfat, mais avec le roulis, c'est du sport. Ça n'est que le début d'une longue série d'ennuis en tout genre. Le lendemain, c'est le pilote qui tombe à nouveau en panne. Cette fois, c'est un palier qui est tellement usé que les pignons se coincent. Rien à faire pour réparer ça maintenant, nous n'avons plus qu'à barrer jusqu'à Aden. Douze heures de barre chacun tous les jours, c'est un peu galère. Un peu plus tard, nous casserons une manille sur le système de câble de la barre à roue. Je découvre petit à petit le manque d'entretien chronique dont souffre la bateau. Jerry ne fait que réparer ce qui casse et souvent d'une manière très précaire. Avec un an et demi d'arrêt complet sous les tropiques, ça n'arrange rien.

A la hauteur de Socotra, le vent nous fait défaut. S'il n'y avait pas toutes ces histoires de piratages, on se choisirait un petit mouillage sympa en attendant que la mousson du Nord-Est s'enclenche, mais nous sommes obligés de continuer, alternant moteur et voile à petite vitesse quand une risée pointe le bout de son nez.

On pêche un magnifique thon de presque 10 kg, ce sera la seule prise de la traversée.

En s'avançant dans le golfe d'Aden, nous avons perdu la houle qui venait du Sud, nous naviguons lentement, mais sur une eau plate, c'est déjà un gros progrès. Tout doucement, le but approche, après 12 jours de navigation, nous arrivons à Aden au petit jour.

C'est la crasse qui frappe le plus quand on débarque dans cette ancienne capitale du Sud Yémen. La guerre entre les deux Yémen s'est terminée il y a 6 ans et le Sud a perdu. Les rues sont toutes éventrées par des travaux, des immeubles s'écroulent, d'autres sont en construction. En arrière plan, la montagne est très austère, pratiquement pas de végétation. Les voitures sont déglinguées à un point inimaginable. Tant que le moteur et le Klaxon marchent, tout baigne !

Le téléphone mobile fonctionne parfaitement ici, je récupère un monceau de mails.

Nous refaisons le plein de nourriture et trouvons un atelier qui est capable de refaire le pignon et la bague en deux jours. Nos incursions en ville sont assez brèves, car il y a du boulot sur le bateau pour réparer tout ce qui a lâché depuis le Kenya.

Les Yéménites sont très amicaux, il y a très peu de touristes par ici et ils font tout ce qu'ils peuvent pour nous aider quand on demande un renseignement. Côté vêtements, les hommes sont majoritairement en sarong et chemisette. Les femmes sont tout en noir avec généralement juste la fente des yeux visible. Certaines ont même des gants noirs par plus de 30°C à l'ombre. L'après-midi, beaucoup d'hommes sont allongés dans les rues par petits groupes, c'est l'heure du qat.

Quatre jours après notre arrivée, nous repartons au coucher du soleil et le lendemain, nous passons le détroit qui ferme la mer Rouge au Sud.

La casse ou les pannes continuent : coulisseaux de grand-voile, courroie d'alternateur, filtre bouché par la rouille des réservoirs, génois qui part en lambeaux sous un orage.

Nous mettons le cap sur Suakin, au Soudan. Cette ancienne grande ville à l'époque du commerce des esclaves est tombée dans l'oubli quand les Anglais ont transféré le port de commerce à Port-Soudan, mais reprends un peu de vie car un terminal pour le gaz y a été installé l'année dernière.

La vieille ville de l'époque turque est une ruine et la nouvelle ressemble plus à un bidonville qu'à une cité pimpante. Mais que de boutiques, de petits restaurants, d'échoppes de tout genre ! Tout cela est construit en planches grossières et couvert de tôles ondulées, mais ça vit, ça bouge, ça rit, ça s'engueule aussi parfois. Les hommes sont presque tous en djellabas blanches et les femmes sont drapées dans des tissus chatoyants très colorés qui leur couvrent la tête mais pas le visage et c'est tant mieux, car elles sont belles les Soudanaises avec leur traits fins et leurs grands yeux en amande.

L'âne est le moyen de transport le plus courant, il y en a partout. Les chèvres aussi sont omniprésentes et s'occupent activement du tri des ordures. Quelques dromadaires déambulent majestueusement au-dessus de la mêlée.

Là aussi, l'accueil est très agréable, nous sommes une curiosité rare. Tout le monde veut savoir d'où l'on vient, comment on s'appelle. Dès que l'on demande un renseignement, ils se mettent en quatre pour nous satisfaire. Le marchandage n'est pas nécessaire, il n'y a pas de tourisme ici, les prix sont les mêmes pour tout le monde.

Nous faisons une expédition en bus à Port-Soudan à 60 km au Nord. Nous voulons trouver des filtres de rechange et une courroie d'avance pour l'alternateur. Bonne route, bus pas surchargé, ça n'est pas le Kenya. Nous traversons une vaste plaine sablonneuse piquetée d'arbustes épineux qui résistent comme il peuvent à l'agression des troupeaux de chèvres et de dromadaires. Quelques campements de nomades disséminés dans les sables. En arrière-plan, une chaîne de montagnes barre l'horizon.

Le marché de Port-Soudan est immense, des boutiques en dur cette fois, à n'en plus finir. On trouve de tout ici. Je vais dans un cybercafé pour récupérer mes messages.

Le lendemain après-midi, nous reprenons la mer. Le vent est contre nous et assez fort. Nous marchons avec la grand-voile et le moteur. Dans la nuit, c'est de nouveau la panne. Ça n'est pas le filtre, mais la tuyauterie d'alimentation qui est bouchée maintenant. La première tentative de réparation n'est efficace que peu de temps. On hisse le foc pour continuer à avancer. Lorsque le point d'amure du foc lâche, nous faisons demi-tour et retournons à Suakin. Nous n'en sommes qu'à 25 milles après 14 h de navigation.

Une journée pour mettre en place une nouvelle tuyauterie, quelques petits travaux de plus, un bon bouquin aussi pour m'évader un peu de cette litanie de pannes.

Dernier jour du mois, nous repartons de Suakin à l'aube. Cette fois nous restons dans le chenal entre les récifs et la côte. La question que je me pose maintenant le matin, c'est "qu'est-ce qui va tomber en panne aujourd'hui". La réponse arrive en fin de matinée : la pompe de cale (car, bien sûr, il y a des entrées d'eau par l'arbre d'hélice et le circuit de refroidissement et il faut vidanger la cale plusieurs fois par jour). Pour aujourd'hui, cela se fera avec la pompe à main.

Vers 3 heures, nous slalomons entre des patates de corail pour nous mettre à l'abri pour la nuit et c'est le guindeau hydraulique qui se met aussi en grève. Je fais ma première plongée en mer Rouge, c'est féerique. Dans un mètre d'eau, il y a des poissons partout, de toutes les couleurs, de toutes les formes, mais je trouve quand même que le prix à payer pour voir ça avec ce foutu rafiot pourri de partout est un peu élevé.

novembre

La remontée continue ponctuée de rencontres qui vont permettre de décompresser un peu la tension à bord.

Jim et June, un couple de Canadiens d'abord, que nous retrouvons abrité derrière un petit récif. A Sharm Luli, nous faisons notre première escale en Égypte avec trois bateaux français avec qui nous sommes en contact radio quotidiennement depuis le Kenya. C'est un bon abri, mais, à part un petit poste militaire, c'est complètement désert.

Le lendemain, l'expédition à Marsa Alam à 60 km de là pour récupérer du gasoil est assez épique. Aller en bus et retour en stop.

Mina Safaga, premier port d'entrée officiel en Égypte, nous y parvenons dans de bonnes conditions météo et l'hémorragie des pannes semble s'être calmée. Formalités interminables. Nous sommes toujours à quatre bateaux. Un chauffeur de taxi nous dégotte un restaurant mémorable qui enchante notre petit groupe. Nous refaisons les pleins d'eau et de gasoil pour la dernière étape en mer Rouge.

Le golfe de Suez nous fait un cadeau royal : presque trois jours sans vent. Nous sommes au moteur, bien sûr, mais c'est bien mieux que d'avoir des vents forts dans le nez, comme c'est généralement le cas.

Suez, port mythique, mais bien piètre escale pour les bateaux de plaisance. La ville, dont la saleté n'a rien à envier à celle d'Aden, est assez intéressante. L'élévation du niveau de vie, par rapport au Yémen ou au Soudan est criante. On se fait une bonne petite série de petit restos en s'adaptant au nouveau rythme des heures de bouffe, pour cause de ramadan.

Les transactions pour choisir l'agent qui va s'occuper des formalités de transit pour le canal sont laborieuses. Il y a là une bande de requins dont il convient de se méfier pour ne pas se faire arnaquer.

La première étape dans le canal est difficile, un fort vent du Nord ralentit fortement notre progression. Dans le grand lac qu'emprunte le canal, les vagues hautes et courtes nous font danser comme des bouchons, nous avons du mal à dépasser un noeud ! Arrivée tardive à Ismalia après un bras de fer avec les autorités pour pouvoir continuer à naviguer après le coucher du soleil.

Une journée de repos à Ismalia, jolie ville étape au milieu du canal. Encore une rencontre très sympa avec un couple de Français qui sont en route pour la Réunion.

Deuxième étape dans le canal. Le convoi des bateaux montant nous double lentement. Ces immeubles flottants ne font pratiquement pas de bruit ni de vagues à cette vitesse. Pas d'arrêt à Port-Saïd, une vedette vient chercher notre pilote et nous enchaînons pour notre navigation en Méditerranée.

En passant de la mer Rouge à la Méditerranée, nous avons aussi changé de climat, la baisse de la température est très sensible. Les couvertures du bord deviennent un peu légères. Jerry n'a pas de chaussures et se promène en chaussettes qui prennent l'eau régulièrement.

Nous retrouvons aussi les aléas météo de cette mer capricieuse : vents inconstants, changeant constamment de direction.

Une nouvelle rupture de la courroie d'alternateur met nos deux batteries à plat. C'est un croiseur de l'OTAN (rien que ça !) qui nous dépêche une chaloupe pour redémarrer le moteur.

A la fin du deuxième jour, le vent commence à monter en venant du S.O et la baromètre s'écroule, c'est une dépression qui s'amène. Au matin, nous avons 40 noeuds de vent et une mer forte et courte. Avalanche de casse et de pannes : génois déchiré, bosse de ris cassée, poulie arrachée, pompe de cale et pilote HS. Il nous faut barrer et vider la cale au seau car le levier de la pompe à main casse aussi. Cet exercice épuisant me colle le mal de mer. 25 ans que je n'avais pas vomi en bateau.

Au bout de 24h, le vent se calme, mais a viré au Nord, nous faisons route presque vers Port-Saïd ! Nous visions la Crète, mais elle est encore loin et nous nous voulons pas subir un deuxième coup de vent, le bateau n'est pas en état (ni les vêtements de Jerry !). Lorsque le vent tombe complètement, nous mettons le cap au Nord vers la Turquie plus proche. La mer met deux jours à se calmer lentement.

Au bout du deuxième jour de moteur, nous arrivons à Kemer, marina somptueuse, près d'Antalaya. L'accueil qui nous y est réservé est exceptionnel. Hassan, le patron du lieu, et son équipe se mettent en quatre pour répondre à tous les besoins des hivernants. Il y a une vingtaine de bateaux habités qui vont passer l'hiver ici. Pas de nationalité dominante, toutes les nations d'Europe sont représentées, plus un bateau Australien et un Néo-zélandais. Une dizaine d'enfants forme une joyeuse petite troupe. Ils se sont organisés plein d'activités mettant à profit les talents individuels (peinture, musique, cours de langues, excursions, écoles de voile pour les enfants...). l'ambiance est vraiment chaleureuse.

C'est la fin du voyage, il ne me reste plus qu'à trouver un avion pour rentrer. Jerry va rester encore un peu pour ranger le bateau et s'arranger avec la marina pour le vendre éventuellement sur place plutôt que de le ramener en Italie au printemps.

La file d'attente pour l'enregistrement des bagages est longue, mon tour arrive enfin.

- Passeport, please

Je cherche dans ma sacoche et blêmis, plus de passeport. Mais oui, idiot, je m'étais payé l'hôtel car j'avais vraiment trop froid dans le bateau et l'hôtelier ne me l'a pas rendu quand j'ai réglé la note. Je rate l'avion, dois payer un nouveau billet pour en prendre un autre qui va sur Toulouse. Marilau, qui est en route pour venir me chercher à Roissy n'écoute sa messagerie qu'en arrivant et fait 800 km pour rien.

Avec un jour de retard, j'arrive enfin sur le quai de la gare de Limoges, les voyageurs se dispersent, sauf deux silhouettes encore enlacées.