Année 2001

Janvier
Nous avons pris nos quartiers d'hiver à Pollença, petite ville située à l'extrémité N.O. de Mallorca, aux Baléares. Nous sommes amarrés sur un corps mort dans la rade. Cet abri naturel est excellent quelle que soit la direction des vents, nous pourrons le vérifier lors de quatre tempêtes. La première arrachera quand même les pales de notre éolienne.

Alexis, d'abord, puis Mickaël et Flo regagnent leurs pénates françaises.

Nous partageons notre temps en excursions à pied, en vélo, en bus et même en train. Le temps nous permet parfois d'aller dans une des calas (anses) voisines avec le bateau.

Les fêtes se succèdent dans cette petite ville au mois de janvier et nous n'en ratons aucune. La plus importante est la fête de la San Antoni. Nous faisons connaissance avec nos voisins d'hivernage et d'autres bateaux de passage. Rencontres éphémères mais très sympathiques. Des drames parfois : l'un de nos voisins, un jeune Anglais qui naviguait tout seul s'est noyé, tombé à l'eau en voulant regagner son bord un soir de fête trop arrosé…

Les températures en journées sont agréables, nous cherchons parfois l'ombre pour pique-niquer. Les matins et les soirs, c'est un peu juste, car notre chauffage est en panne. Un voisin hollandais nous prête un chauffage d'appoint au kérosène, ça va mieux.

Février
Pour étendre notre rayon d'action, nous louons une voiture pour un mois. Nous allons pouvoir explorer ces montagnes qui nous tentent. Nous ferons des balades superbes, avec un temps souvent idéal. Nous avons formé un petit groupe de cinq bateaux qui se reçoivent régulièrement. C'est l'occasion de connaître des personnes d'horizons très différents tout en vidant quelques bouteilles.

Nous profitons aussi des concerts (gratuits) organisés par les associations locales. Essentiellement de la musique baroque, mais des musiciens d'un très bon niveau. Le must sera un concert avec orchestre, chœur, solistes et danseurs. Plus de 30 personnes sur scène !

La voiture nous permet aussi d'aller facilement à Palma pour faire des courses importantes, y retrouver Jerry et Manuela nos amis australiens, et visiter la ville. Quelques bricolages, en particulier un vrai sommier à lattes pour notre lit, car avec le caillebotis plastique installé auparavant, nous avions des problèmes de condensation.

Mars
Retour en France pour 3 semaines. Paris, Limoges, Thouars, Angers, Paris de nouveau pour le salon des traitements de surfaces où je retrouve beaucoup d'anciens collègues et fournisseurs, Mulhouse, Bâle et Paris. Les amis, la famille, les entreprises… le temps passe à toute vitesse et le séjour aura un peu des allures de courses contre la montre.

Quittant Paris avec un temps exécrable, nous retrouvons une température très agréable à Palma. Valinouk n'a pas fait de caprice pendant notre absence.

Le temps de remonter l'éolienne et de faire quelques petits bricolages avec le matériel ramené de France, nous accueillons pour quatre jours Richard et Nanou, nos amis du Lot. Le temps nous permet d'explorer quelques nouvelles calas sur la côte Nord. Au retour, un petit groupe de dauphins vient jouer entre les coques, à la grande joie de nos invités.

Pour la fin du mois, c'est une frénésie de bricolage qui m'investit. J'arrive à rayer pas mal de lignes sur la liste.

Avril
Le 5 avril, après avoir attendu presque 3 semaines le sac que Marilau avait oublié dans un restaurant en France, nous faisons notre soirée d'adieu avec nos amis d'hivernage à Pollença et le lendemain, nous hissons les voiles pour Menorca.

Première escale à Ciutadella qui nous enchante, puis plusieurs calas magnifiques sur la côte Sud où nous sommes bien abrités d'un coup de mistral qui va durer 9 jours. Nous passons 5 jours dans la baie de Mahon pour attendre la fin du coup de vent. Nous en profitons pour visiter la ville et les environs en vélo.

A la mi-avril, nous nous lançons pour faire les 200 milles qui nous séparent de la Sardaigne. En 32 heures, nous arrivons à Carloforte au S.O. de l'île. Nous aimons tout de suite ce nouveau pays. Les ports sont vides en cette saison, les gens sont très accueillants et la côte n'est pas défigurée par des constructions pléthoriques.

Nous commençons notre tour de Sardaigne par le Sud. Peu de possibilités de mouillages forains, mais les ports sont presque vides et pas très chers hors saison. Nous remontons assez rapidement jusqu'au N.E. de l'île pour accueillir nos amis Guy et Nicole à Olbia, à la fin du mois.

Mai
La côte change complètement de physionomie à partir de là. Elle devient très découpée avec un archipel d'îlots offrant un choix de mouillages énorme. Le temps n'est pas aussi beau pendant le séjour de nos amis, mais reste très supérieur à ce qu'ils ont quitté en Limousin. Nous alternerons petites navigations en eaux abritées et marches à pied dans ces roches aux formes étonnantes. A deux reprises, nous louons une voiture pour faire des incursions dans l'intérieur du pays et visiter quelques sites remarquables.

La Sardaigne est décrite dans les guides comme un musée à ciel ouvert. C'est vrai que les civilisations qui se sont succédées ici ont laissé beaucoup de vestiges peu détériorés par les faibles intempéries. Des tours nuragiques, en passant par les ruines romaines, les églises romanes ou citadelles espagnoles, il y a de quoi faire. En quittant la Sardaigne, il ne nous restera plus que 6990 nuraghes à voir sur les 7000 répertoriés dans l'île !

Après le départ de nos amis, nous remontons en Corse pour changer les bouteilles de gaz. Les bouteilles italiennes ou espagnoles n'ont pas les mêmes raccords que les nôtres ! Nous avions déjà visité Bonifacio par la terre, mais l'arrivée par la mer est encore plus stupéfiante. Quel site fabuleux !

Il y a pas mal de gens qui voyagent en bateau ici, nous faisons d'autres connaissances. Nous remontons la côte jusqu'à Propriano où nous retrouvons Marco, Cécile et ses enfants qui voyagent en camping-car. Nous les avions rencontrés à Pollença en janvier.

Au retour vers Bonifacio, nous passons deux jours dans un petit coin de paradis en compagnie d'un autre bateau. Une plage immense où les vaches viennent ruminer l'après-midi, de jolies dunes, des rochers roses et une petite rivière pleine d'iris en fleur. La salle de bain et la machine à laver dans un décor de rêve ! Raphaël, fin pêcheur, fait une moisson de sars que nous dégustons cuits au feu de bois avec des pommes de terre sous la cendre. J'ai même sorti un Puligny-Montrachet pour l'occasion.

Retour à Bonifacio, nouvelles balades aux alentours. Nous attendons une journée que le force 8 se calme pour retraverser vers la Sardaigne. Le lendemain, plus rien, nous faisons les 10 milles au moteur.

Nous attaquons la partie Ouest de l'île. Les vents sont plutôt faibles et contre nous, beaucoup de moteur. Nous alternons les balades dans la nature sauvage (capo Testa) et les petits villages (Castelsardo, Stintino).

Au capo Caccia, nous retrouvons Pagan, le catamaran de nos amis australiens, qui arrive de Menorca. Après être restés immobilisés depuis le mois de novembre à Palma, suite à un début d'incendie à bord, les voilà repartis. Joyeuses retrouvailles pour l'anniversaire de Manuela. Nous passons quelques jours ensemble à visiter les environs, la ville voisine, une superbe grotte accessible par un escalier de 666 marches et aussi buller un peu. Avec les engins de pêche que m'a donnés Raphaël, je prends une daurade royale d'1kg, on n'en perd pas une miette !

Juin
Pagan continue sa route vers le Nord pour recevoir des amis à Olbia. Nous continuons notre descente le long de la côte Ouest en visitant les petites villes et en faisant de jolies balades en vélo ou à pied dans ce secteur pas du tout exploité sur le plan touristique.

A Tharros, plongée dans l'histoire : site nuragique, ruines romaines, église du Vème siècle et une église hypogée (souterraine) du IIIème siècle qui a utilisé un lieu de culte nuragique et romain. Des graffiti et dessins d'époque ornent les murs, c'est assez émouvant : de jolies romaines aux chignons caractéristiques, une course de chars avec les lauriers brandis pour le vainqueur… autre chose que les graffiti obscènes des WC publics !

Après avoir bouclé notre tour de Sardaigne à Carloforte, nous musardons encore un peu et partons un soir pour Bizerte en Tunisie. Traversée rapide, mais un peu inconfortable à cause de houles croisées qui nous barattent, surtout au début. Arrivée dans l'après-midi du lendemain sur le continent africain.

Après les formalités d'entrée, première visite de la ville qui est contiguë au port. Le vieux port de pêche, la musique arabe, les appels des muezzins, la médina, le marché, les petites boutiques, les épices, quel dépaysement ! La vue, l'ouie et l'odorat sont à la fête. En plus, on peut parler en français avec n'importe qui dans la rue. Nous faisons quelques courses dans le marché, ou plutôt, les marchés : légumes, poissons, viande, chacun a son secteur. Les prix sont dérisoires et affichés, ça c'est une grosse surprise, pas besoin de marchander (tout au moins pour la bouffe).

L'eau du port est très claire, on se baigne directement du bateau. Nous restons une semaine à Bizerte en attendant d'avoir les billets d'avion pour revenir un mois en France. On visite la ville de fond en comble, on se régale dans les restaurants si bon marché, on découvre les bienfaits du hammam et du thé à la menthe. Beaucoup de palabres aussi avec les voisins de pontons, pour le plaisir, et les tuyaux sur les prochaines escales tunisiennes.

Retour en France à la mi-juin, pour un séjour assez speedé, comme d'habitude !