Mariage à Sidi Daoud
Semaine mémorable à Sidi Daoud, petit port de pêche peu visité par les plaisanciers à l'extrémité N.E. du golfe de Tunis. Grâce à Gabsi, marin sur une vedette dont c'est le port d'attache, nous avons été invités à un mariage tunisien.
Le premier soir, c'est la fête de la femme. Chez elle, entourée de sa famille et de ses amies, elle est pomponnée. On lui décore les paumes des mains et les plantes des pieds au henné.

Deuxième soir, c'est la fête du mari. Gabsi nous y amène à la nuit tombée. Nous arrivons dans la cour d'une maison, il y a plein de monde, voisins et amis, assis sur des chaises autour d'une sono que l'on entendait déjà du port. D'autres arrivent encore.

Gabsi est un invité important, il a droit à du ragoût de veau et nous aussi du coup. Comme on a déjà mangé (il aurait pu nous prévenir l'animal), on grignote du bout des dents, mais les bières et la pastèque descendent toutes seules. Nous sommes présentés à toute la famille au fur et à mesure qu'ils passent près de la table.

Le marié a été se changer et revient en costume traditionnel, djellaba blanche et chéchia rouge, accompagné par un porteur d'encens. Il s'assoit à une table sur laquelle, outre les litres de Coca-Cola, il y a une grande corbeille dans laquelle les invités vont déposer une obole.

Au micro, l'animateur annonce le nom des donateurs et le montant déposé. De temps en temps, la mère du marié lance des youyous qui saturent la sono. Une femme teint le petit doigt du marié au henné, signe de fécondité. La fête peut commencer.

 

Le marié danse en premier, puis les proches jusqu'à ce que toute l'assistance s'y mette. C'est un peu le style boîte de nuit, mais avec beaucoup de mouvements de bras et des déhanchés impressionnants. Les hommes et les femmes ne se mélangent pas beaucoup. Nous nous y mettons aussi, à notre manière, puis des danseurs nous entraînent dans leur style. On s'amuse beaucoup dans une ambiance très détendue.
Troisième soir, vers 22 h, nous retournons à la noce. Cette fois, une estrade est installée à côté de la maison, avec de véritables trônes pour les mariés. A côté se déchaîne un orchestre " traditionnel " avec percussions tunisiennes, une flûte nasillarde alimentée en air comme une cornemuse, une batterie type jazz, un chanteur et… un synthétiseur. Par terre, un lit de braises sert aux percussionnistes à retendre leurs peaux. Devant l'estrade, les chaises du centre sont occupées par les femmes. Invitée par des jeunes filles, Marilau va les rejoindre. Les hommes sont sur l'extérieur, certains avec un bouquet de jasmin sur l'oreille. Un petit groupe installé autour d'une chicha (la pipe à eau), nous fait signe, à Gabsi et à moi, de venir s'asseoir à côté d'eux, je reconnais mon "professeur" de danse d'hier. Il y a là peut-être 300 personnes. Tout le monde attend sagement les mariés.

Un concert de Klaxon nous avertit qu'ils arrivent. Précédée d'une fanfare, la Safrane décorée se fraye un chemin pour amener les mariés le plus près possible de l'estrade. Il y a tellement de monde qu'il est difficile d'ouvrir les portières ! Enfin, ils descendent.

Elle est en robe blanche, il est en costume. La mariée est superbe, mais n'a pas l'air de pouvoir bouger beaucoup. Pour faire les quelques pas qui la séparent de l'estrade, quelqu'un est obligé de lui tenir son chignon.

Ils ont l'air plutôt tendus, en fait, ils ont le trac.

Les héros de la fête montent s'asseoir sur leur présentoir. Leurs sièges somptueux sont placés devant un énorme éventail. L'ensemble est recouvert de satin blanc. Ils vont passer là toute la soirée, rejoints de temps en temps par des proches pour se faire photographier.

 

Quelques danseurs et danseuses viennent devant et sur l'estrade, mais ça n'est pas l'ambiance bon enfant d'hier.

Beaucoup plus tard, le couple descend précautionneusement de son perchoir et va à petit pas jusqu'à la maison des parents du marié, accompagnés par les proches.

L'assistance se disperse petit à petit. La fête se termine.

Henné pour Marilau

Un autre jour, une jeune fille, Khadija, propose à Marilau de lui décorer les mains et les pieds au henné, signe de joie.

Le henné est une plante séchée et réduite en poudre. Mélangée à l'eau, c'est un puissant colorant pour les cheveux ou la peau.

Première étape, poser des bandelettes ajourées tout le tour du pied et sur les doigts et la paume des mains pour faire comme un pochoir. Ensuite, Khadija et sa mère posent la pâte de henné qu'elles mouillent soigneusement dans leur bouche.

Au fur et à mesure qu'un membre est fini, elles l'emballent dans un carré de tissu et dans un sac en plastique pour faire monter la température et que le henné pénètre mieux dans les pores. Bientôt, Marilau ressemble à un mutilé de la guerre 14, avec le sourire en plus.

Maintenant il faut attendre plusieurs heures pour que la couleur pénètre. Les filles installent une table basse dans la cour pour le dîner. nous mangerons assis sur des coussins.

Je porte Marilau dans mes bras pour l'amener à sa place, à la grande joie de nos hôtes. Salade composée, frites, poissons, spaghetti, ragoût et fruit. Tout est sur la table, on se sert comme on veut, au début dans les assiettes, puis en piochant directement dans le plat. Quelques verres, qui ne sont pas affectés à une personne précise. Au choix, eau fraîche ou Coca.

On se régale et pourtant cette famille très modeste s'excuse de ne pas avoir eu le temps de préparer un couscous ! Marilau ne pouvant se servir elle-même, c'est Naziha, une amie de Khadija, qui la nourrit comme un bébé.

L'heure du déballage a sonné. Le henné est enlevé au couteau. A trois, elles bichonnent Marilau qui n'a jamais été aussi entourée de soins. Après avoir tout bien nettoyé, elles lui font les ongles des pieds et des mains au verni foncé (deux couches).

Que pensez-vous du résultat ?

Kélibia le 5/8/01
Dominique et Marilau