Les fêtes de Pâques à Corfou

En arrivant du talon de la botte italienne, Corfou, la plus septentrionale des îles grecques de la mer ionienne n'est qu'à une cinquantaine de miles.

Presque par hasard, nous nous y arrivons juste avant les fêtes de la Pâque orthodoxe. Amarrés au vieux port, en plein centre ville, nous allons prendre un bain de foule pendant deux jours.

Tout le vendredi et le samedi 3 et 4 mai, les processions vont se succéder. Chaque église promène ses reliques ou ses icônes dans la ville, accompagnées par des fanfares qui jouent des airs très lents. Des groupes de scouts et des militaires accompagnent les popes.

L'avenue la plus célèbre de Corfou : le Liston, construite pendant la brève occupation française sur le modèle de la rue de Rivoli est constamment noire de monde, il faut se frayer un chemin dans une foule parfois compacte. Les terrasses des cafés et des restaurants sont prises d'assaut.

Les nombreuses églises orthodoxes de Corfou sont ouvertes en permanence. Les gens, de tout âge, entrent et sortent sans arrêt pour embrasser les icônes et pour une brève prière. L'atmosphère y est très chaleureuse et fervente. C'est aussi un peu le dernier salon où l'on cause.
Le samedi matin, à 11 h, s'ouvre une parenthèse non religieuse propre à Corfou. Dans toute la ville, la foule est énorme et l'atmosphère devient électrique... Les gens s'agglutinent en surveillant les balcons. Les policiers maintiennent des " trous " dans la foule. Sur les balcons pavoisés, des jarres de toutes dimensions font leur apparition. Les plus grosses font bien 100 litres et la foule les admire avec frémissements et exclamations. A onze heures précises, il pleut des cruches à Corfou, nous disons bien des cruches, car tout est balancé à la rue, le contenu et le contenant. Comme elles sont pleines d'eau, ça éclabousse sérieusement à l'arrivée, il y a bien quelques éclats de terre cuite qui volent dans les jambes, mais sans dégâts, au moins dans notre coin. A l'origine de cette étrange coutume, il s'agissait d'évacuer symboliquement le mal de la maison. Au fil des années, c'est devenu une joyeuse fête, non exempte de dangers !
Le samedi soir les rues sont toutes nettoyées. Plus un seul éclat de poterie. Les cérémonies vont maintenant prendre toute leur ampleur. Tous les popes de la ville vont en procession vers le kiosque sur la grande esplanade. Les milliers de fidèles qui sont autour vont petit à petit allumer leurs bougies à partir de celles des popes. A minuit, la résurrection du Christ est fêtée par les chants, les embrassades des spectateurs et… un énorme feu d'artifice.
La foule va lentement vider la place. Tout le monde revient chez soi avec sa petite chandelle allumée. Les fanfares se frayent un chemin au milieu en jouant un air nettement plus gai, toujours le même. Dans les rues commerçantes, toutes les boutiques sont encore ouvertes et le plus étonnant, c'est que des gens font encore des achats à cette heure !

Lakka, île de Paxos, le 17 mai 2002

Dominique et Marilau