Une Journée folle au Maroc

_ Mais que c'est long !

Cela fait au moins une heure que nous poireautons pour avoir un tampon sur nos passeports. Nous sommes dans l'enclave espagnole de Ceuta, ce sont nos premiers pas sur le continent africain. Nous avons décidé de faire une excursion au Maroc pour la journée. Juste après la frontière, nous prendrons le bus pour Tétouan.

Nous engageons la conversation avec les autres personnes qui attendent comme nous. Il y a là José Luis, espagnol, qui parle un français impeccable. Au bout d'un moment, il propose de nous emmener à Tétouan en voiture, c'est sur sa route.

Quand nous avons enfin récupéré nos papiers, nous montons dans sa voiture et nous faisons la connaissance de Térésa, sa femme. Ils sont très sympas tous les deux. Et c'est parti pour les routes marocaines ! Dépaysement assuré dès la frontière : un incroyable entassement de marchandises et de personnes …

En arrivant dans la banlieue de Tétouan, un gars en mobylette veut parler avec nos hôtes tout en roulant :
_ Oh ! Des Espagnols ! Bonjour ! Bienvenue au Maroc !
Il insiste tellement que Térésa baisse sa glace : _ Bonjour !
_ Je suis content de parler espagnol ! Ma mère habite à Malaga et patati et patata… toujours en pétaradant sur sa mobylette…
_ …et vous venez visiter Tétouan ? ( Il a réussi à nous coincer à un feu rouge) Il faut venir, aujourd'hui c'est une journée exceptionnelle : les berbères descendent des montagnes pour vendre leur artisanat, et acheter des produits avant de remonter. C'est une journée de fête et un marché superbe ! Ce n'est pas pour les touristes, juste pour les gens de la région. Cela n'arrive qu'une fois par an, et c'est aujourd'hui ! Je peux vous guider jusqu'à la Médina si vous voulez …

Bien que José Luis et Térésa n'aient pas prévu de visiter Tétouan, ils sont aussi alléchés par sa proposition et nous le suivons jusqu'à la médina. On se gare à une des portes d'accès de ce labyrinthe et on le suit tous les quatre.

Après quelques détours et commentaires en français et en espagnol sur les 18 mosquées de la médina, on atterrit chez un marchand de tapis pour avoir des informations sur cet artisanat !

Thé à la menthe, déballage de tapis magnifiques, tissés, noués ou brodés à l'aiguille (kilim), petit tour sur les toits pour voir la médina du dessus. Re-thé, et le marchandage commence. Comme on dit qu'on n'a pas de maison, donc que l'on ne veut pas de tapis, il ne commence pas cher (ben voyons). Comme on dit toujours qu'on ne veut pas discuter le prix puisqu'on ne veut rien acheter, il marchande tout seul en baissant son prix, jusqu'à ce qu'on cède tellement on trouve ça bon marché. Nous voilà donc les heureux propriétaires d'un très beau kilim.

Les Espagnols ont pris un couvre lit et une djellaba. Pour être sûrs que les deux couples achètent quelque chose, ils nous avaient habilement séparés et ils avaient bien vu les yeux de Marilau briller devant les kilims.

Retour à la voiture par un autre chemin, visite d'une pharmacie berbère où nous restons de marbre, pourboire au porteur des tapis, pot avec notre guide (bières bues discrètement dans le café). Bien sûr, vous l'avez compris, pas plus de marché berbère à Tétouan que sur une île scandinave !

De retour à la voiture, nous préférons terminer la journée avec José Luis et Térésa, puisqu'ils rentrent à Ceuta le soir même. Nous allons avec eux jusqu'à Kenitra (sur la côte atlantique) ou José a quelque chose à vérifier pour son travail. Nous prenons notre déjeuner à 19h30 (sic) en partageant le pique-nique que nous avions emmené. Le paysage à l'aller est très chouette, moins au retour car il fait nuit. Dîner dans un resto marocain vers minuit. Les brochettes sont excellentes et très bon marché (sans discuter, car on ne marchande pas le prix de la nourriture ici) et grog au bateau à 2 h du matin après avoir fait un peu plus de 500 km. José et Térésa dorment à bord avant de reprendre le ferry le lendemain.

Conclusions :
Et bien on en a eu plein les yeux du Maroc mais il y a un malaise avec leurs façons de faire. Ils repèrent les plaques minéralogiques pour savoir quelle langue parler, ils vous racontent un tissu de mensonges (mère à Malaga, fête berbère...), et ils vous enveloppent d'une façon incroyable, jusquà ce que vous cédiez pour acheter un truc dont vous n'avez pas besoin. En fin de compte ils bradent complètement leurs œuvres d'art pour avoir quelques sous, car les tapis sont magnifiques. Ils y collent même leurs cigarettes ou leurs briquets pour montrer qu'il n'y a pas de matière synthétique : aucune trace. Nous ne regrettons pas le kilim, mais la façon dont ils nous l'ont vendu ! De plus, on ne se sent pas très en sécurité. Mais tout ça nous a donné l'occasion de passer une journée avec un couple espagnol très sympathique.

Et maintenant, on ne se refera plus piéger !…

Finalement, Marilau a adopté le kilim pour son yoga. Ça fait classe non ?