Les Barres

Le Minho

- Non ! Ça déferle partout ! Oh ! la la la la ! Ce n'est pas possible ! On ne peut pas passer …
- Bon, changement de cap, on essaie la passe Sud.

La passe Sud, on y est bien vite avec ce foutu vent qui s'est levé juste avant d'arriver. Force 5, force 6. Et pas d'autre abri avant plusieurs heures, plutôt inhospitalière cette côte Ouest du Portugal. Je voudrais tant être de l'autre côté de cette barre ! Dominique va afficher le détail de la passe sur l'écran de l'ordinateur.

Je suis restée dans le cockpit, les yeux fous, je recherche une zone plus calme pour y engager nos étraves. Là, peut-être, je commence à tourner, dix degrés, vingt. Les vagues nous poussent vers la plage toute proche. Dominique ressort et reprend les commandes. Nous sommes engagés derrière la barre, maintenant il faut retraverser tout le fleuve pour retrouver le calme sur l'autre rive. Les moteurs à fond, Dominique négocie la meilleure trajectoire, contre le vent et le courant. La barre déferle à gauche, les vagues montent à l'assaut de la plage à droite, des montagnes russes au milieu. Je stresse à fond, mais je reconnais que le spectacle est grandiose. Plus que quatre mètres de fond. Le vent monte encore. J'ai mis des lunettes pour me protéger les yeux, mais j'ai les joues secouées par les rafales à trente trois nœuds, j'ai aussi les genoux un peu tremblants, mais pour d'autres raisons.

Et puis, je reprends confiance, Valinouk se comporte bien : si je regarde la côte, on avance doucement. Là-bas l'eau calme, on va y arriver !

Le Douro

Plutôt inconfortable, la marina de Leixoes ! Le vent du sud nous chahute et ramène toutes les cochonneries du port autour de nous. Le vent monte encore, ce n'est pas bon pour nous. Je demande à la capitainerie de téléphoner pour savoir si l'entrée du Douro, à 3 milles de là, est praticable. Réponse : tout juste, et il ne reste qu'une demi-heure de marée montante.

Alors on fonce ! A peine partis, Dominique se rend compte qu'un moteur ne répond plus : la goupille de l'accouplement avec l'hélice a cassé ! Et le vent et la mer sont plus forts que je ne pensais. Paniquée, je voudrais faire demi-tour, mais Dominique préfère tenter de passer la barre plutôt que de manœuvrer par fort vent dans une marina bondée, avec un seul moteur…

La route me paraît longue ! Voilà la digue qui marque l'entrée, et ça bouillonne bien ! Sur le qui-vive, nous nous rapprochons. Bonne surprise ! Les pilotos de Porto sur leur zodiac nous attendent derrière les grosses vagues. Un homme nous fait des signes avec une pagaie dressée à la verticale : il l'incline du bon côté pour nous indiquer le bon passage.

- Obrigado ! (Merci !)

Pour la barre du rio Mira, un pêcheur s'est aussi détourné pour nous indiquer le meilleur chemin, et nous guider jusqu'au mouillage.

La côte Ouest du Portugal est presque rectiligne : soit des falaises, soit des dunes, et très peu d'abris. Vous avez le choix tous les quarante ou cinquante milles entre marinas ou rios pour vous arrêter et visiter un peu le pays. Mais pour se jeter dans l'atlantique, les rios se heurtent à la longue houle de l'océan. Alors ils déposent du sable… et il se crée une barre. Vous ne la passez qu'à marée haute, et par beau temps ! Derrière, c'est la récompense : l'eau calme… trois jours en plein cœur de Porto… la jolie petite ville de Milfontès, enchâssée dans les gorges sauvages du rio Mira.

La barre du rio Mira a marée basse