La pêche

Je ne vous parle pas du fruit, pourtant délicieux dans ce sud de la péninsule ibérique.

Je ne vous parle pas non plus de la forme que nous tenons quand le soleil levant inonde le carré pendant quand nous savourons notre petit déjeuner en contemplant la baie qui nous a abrités pour la nuit.

Je vous parle de l'activité pré-culinaire qui consiste à traîner derrière le bateau un objet piquant et coloré parfaitement immangeable dans l'espoir insensé de ramener à bord un animal souvent piquant, parfois joliment coloré et toujours éminemment comestible.

Miracle, ça marche ! Et c'est beaucoup plus rigolo que de récupérer un hamburger au volant de sa voiture dans le Macdo de service.

La technique est simple. Pour les plus petits poissons, on utilise un petit fil tressé au bout duquel on accroche une paravane. C'est quoi c'te bête ? C'est une planchette profilée savamment équilibrée pour que la vitesse du bateau la fasse plonger sous l'eau et la maintienne à 2 ou 3 mètres de profondeur. Au bout de la paravane, un petit fil nylon et une mitraillette.
Non, on ne tire pas les poissons à la Kalachnikov, une mitraillette est une série d'une demi-douzaine d'hameçons munis de plumes multicolores (faut tout vous expliquer).
On termine enfin par une cuillère bien brillante (non, pas celle du café).

Le maquereau est souvent au menu avec ce type de pêche. Marilau vous démontre le bien fondé de l'appellation mitraillette !

Pour les plus gros spécimens, j'utilise une canne à pêche très courte avec un gros moulinet et un leurre en forme de petit poisson ou calmar. Une fois les lignes à l'eau, on attend tranquillement que ça morde en faisant tout de même attention de ne pas passer trop près des bouées des casiers des pêcheurs, sinon, adieu le bas de ligne.

- Poisson, poisson !

La paravane est remontée à la surface indiquant qu'il y a quelque chose d'accroché au bout. Je remonte doucement la ligne.

Raté, c'est une algue. Je nettoie et laisse filer la ligne dans la mer.

- Poisson, poisson !

Cette fois c'est le cliquet du moulinet qui a chanté. Ca tire dur. La ligne part à droite et à gauche, le copain n'est pas d'accord à l'autre bout. Dès que ça mollit, je rembobine. Quand ça résiste, j'attends. Le poisson se fatigue, il se défend de moins en moins et finit par se laisser traîner en surface.

- Super, c'est un thon
- Il est gros ! Qu'est ce qu'on va se mettre !

Le plus délicat est la sortie de l'eau. Ce serait trop bête de le perdre au dernier moment.

Après, je vous épargne les détails sur la mise à mort, l'enlèvement des tripes et autres écaillages. On a une bassine en plastique pour limiter les projections de sang dans le cockpit, mais ça éclabousse un peu quand même (surtout quand le poisson est plus grand que le récipient). Un coup d'eau de mer pour nettoyer tout ça et…

Au suivant…

Notre plus grosse prise : un bar de plus de 3 kg


Mais non, on ne les pêche pas ceux là. D'ailleurs ils ne sont pas assez bêtes pour bouffer un bout de plastique. On se contente de les admirer. Et on ne s'en lasse pas !

Dominique

Gibraltar le 30/9/00